A trois ans il me menait aux edelweiss dans son sac à dos, ....à dix ans , j'ai vu mourir mon premier chamois, tiré par mon pére, au coup du soir, un coup de maitre dont il avait le secret.......aprés j'ai vécu des instants inoubliables, des courses en montagnes où chaque sorties étaient une raison de s'évader de la vallée, l'affouage, le génépy, les moutons, le foin, la pêche mais surtout les sorties pour reperer les chamois, pour connaitre les postes, les passages, les drailles où de nuits il fallait passer sans se tromper, jamais de pile électrique, puis il s y avait ces parties de chasse,qui font qu'aujourd'hui beaucoup de rochers ,de couloirs, de vallons, de vallées aussi et de lieu-dits me rememorent des souvenirs, des anecdotes, des fous rires aussi, des engeulades parfois,.
Et ce qui restera en moi à jamais c'est toutes les fois où il me racontait le passé, les coups de chasse dans ces montagnes qu'il connaissait par coeur et qu'il ne cessait de gravir et d'aimer.
Combien de fois il est parti seul, de bonne heure, sans dire où il allait, et bien avant que le village se mette en mouvement, je me levais souvent à peine, il prenait un café avec moi, et sur son visage je devinais que sa sortie n'avait pas été vaine, le chamois , bien rangé dans le coffre de la vieille ami6, se retrouvait vite accroché à deux vielles limes plantées dans le linteau de meleze de la porte de la grange.
Deja les voisins venaient voir le bouc, chacun donnant et son avis sur le poids, sur l'age, mais sans jamais demander le lieu de capture, quand au "pére" il restait evasif, et le soir venu, je l'accompagnait declarer sa prise, en voir d'autres, ceux des autres chasseurs, à l'époque, ils n'etaient pas nombreux , puis venait le moment du depouillage, l'opinel et le poing pour pousser la peau, travaillaient de concert, avec precision, j'aidais à la tâche, mais surtout j'observais pour pouvoir un jour repeter ces gestes.
Les années ont passées, les chasses et les modes de chasse ont evolués, les fréres sont venus complétes l'equipe, d'autres ont quittés l'equipe, certains rêvaient d' en faire partie,....mais la passion qu'il nous a transmis et qu'il a garder jusqu'au bout restera en moi , et chaque jour que Dieu fait, j'ai une pensée pour toi, papa.
Et si cette passion que tu m'a transmis,est devenue aujourd'hui mon métier, chaque chasse que je guide, chaque chasse que je fais pour moi, avec d'autres, avec les frangins, tu es là, ton biais est en moi, et au moment de rendre les honneurs à ces gibiers, tu es à mes cotés.